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Musique

La téchno pour les nuls

troisième voyage

Cette fois-ci, on aborde un problème délicat. Comme tous les mouvements musicaux, la techno est parcourue par différents courants. Comme dans tous les mouvements musicaux, un monde entier de cuistres qui veulent se la jouer experts coupent les cheveux en quatre, inventent des mots qui ne correspondent à aucun style, analysent plutôt qu’ils n’écoutent, etc. Toutefois, de vrais courants existent et correspondent à de vraies différences de style, d’inspiration, de musique. Ne prenez pas peur, c’est très simple bien que la clique des m’as-tu-vu du vocabulaire voudraient laisser penser le contraire (c’est le syndrome du gourou, thèse développée par moi-même comme quoi, quand quelqu’un n’a rien a dire, il le dit en remplaçant chaque mot simple par une quirielle de mots compliqués; en face, on a l’impression que la personne en sait plus long que soi et on accepte tout pour ne pas passer pour un con; c’est comme ça, entre autre, que les gourous procèdent pour faire croire au bien fondé de leur thèse). Bref, il ne faut pas être titulaire d’une maîtrise en musicologie pour comprendre......

LES COURANTS DE LA TECHNO. Ces différents courants sont intimement liés à l’histoire (qui pour être courte n’en est pas moins riche) de la techno. On va donc faire un petit tour historique.Tout commença à Chicago. Cette ville, outre un nombre rarement atteint, sauf en Pologne, de Polonais et une propension immodérée à inspirer des séries policières à trois francs, compte aussi un nombre gigantesque de fan d’escapades nocturnes agitées et, en conséquence, autant d’établissements ad hoc pour les accueillir. L’un de ces clubs, le club “warehouse”, comprend que ce que les gens aiment lorsqu’ils dansent la nuit, ce n’est pas l’art du contrepoint et la profondeur de la ligne harmonique, mais plutôt d’être portés par un rythme puissant et accordé à leur propre rythme de noctambule excité. Les DJ de ce club se mirent donc à produire, dès 1986, des versions minimales et considérablement allongées de musiques de dance. Le nom du club a donné le nom du style : la “house music” était née.

Caractérisée par les rythmes soul ou funk de ses origines, la house est certainement la plus accessible des écoles techno (on y retrouve des voix, des sons qu’on connaît,...) mais c’est aussi le style qui, de part le volume de sa production, a donné naissance à un grand nombre de sous-merdes commerciales a deux francs, genre les boillezebandes et consort, ce qui a fait sa mauvaise réputation, largement imméritée. En écoutant bien sans a priori, il existe de vrais bijoux dans cette musique. Vous pouvez vous procurer des compilations du genre Globalcuts ou House Mastermix. Ou encore les galettes de Brian Trousseau (ou BT) et de Moby (Evil Ninja Moby, bien que pas intégralement house). La house a ensuite évolué et, dès 1989, déferlé sur l’Europe. On assiste alors a deux phénomènes qui installeront définitivement le mouvement techno : l’éclosion de plein de nouveaux mini-courants inspirés par la house et, en Angleterre d’abord puis partout ailleurs, la généralisation des Raves. En 1992, on est en présence de plein de mouvements plus ou moins inspirés par la house : la New Beat en Belgique, la Progressive House où les rythmes sont plus “dub”, ethniques, et où les instruments rentrent les uns après les autres (les premiers Underworld, The Aloof, California Dreaming, Full Moon Scientists, la compil House Collection), la Deep House, la Hard House, la Latin House, la Hip House (je n’invente rien...) ou encore la Garage (house de New-York, plus soul : Kinky Trax, House Nation, DJ Pierre). Bref, un joyeux bordel, mais si intéressant à écouter...

Avant d’aller plus loin, il faut que je vous avoue que j’ai un peu menti. En effet, tout ne commença pas à Chicago mais en fait dans la ville des voitures : Détroit. Dès 1985 des fous furieux commencent à produire des musiques entièrement électroniques et complètement instrumentales destinées à être jouées en club et mixée. Ces fous furieux (Juan Atkins, Derrick May, Kevin Saunderson, Carl Craig,...) inventeront ce qu’on appelle la techno. Ce mouvement, au départ extrémiste et très souterrain (underground pour les coincés du lexique) se répandra à travers le monde et empruntera les mêmes canaux que la house, souvent en s’en inspirant et en l’inspirant, et constituera le deuxième pilier de ce qu’on appelle la techno.Donc, en résumé, on peut dire que dans le mouvement techno, il y a deux grands courants : la house, plus soul et funk, et la techno, plus radicale et électronique. Tous les autres mouvements ne sont que des émanations de ces styles ou le mélange des deux ou avec d’autres genres. Tout ce qu’on dit après, c’est du coupage de cheveux en quatre (et même ça, c’est déjà du coupage de cheveux en deux, ce qui n’est pas facile non plus!). On peut parler tout de même de quelques autres variantes. D’abord, la techno elle-même a évolué et ce style de techno, la techno, est devenu lui aussi moins extrémiste, plus commercial en un certain sens. Ses plus récents promoteurs sont Kenny Larkin, Jeff Mills, Carl Graig (ou 69), Carl Cox, The Prodigy. Vous pouvez aussi vous procurer les BO des jeux Wipe Out et Wipe Out 2097 qui sont de fabuleuses compils ainsi que la compil Ultratechno (pour n’en citer qu’un infime échantillon). De la techno a émergé un style qui est certainement le plus populaire en France : la Transe. En gros, la Transe, c’est la techno des beatniks de l’an 2000, avec tout ce qu’il faut : son lancinant, et même cithare indienne et gourou, trip psychédélique et ambiance peace and love. J’abuse un peu mais je ne m’éternise pas parce que c’est le style le plus facile à entendre de part nos contrées. Dans le même registre il y a la Transe Goa. Goa, c’est en référence à la ville où les Hippies avaient coutume de se retrouver pour se faire arnaquer, en Inde, et qui est maintenant une immense station balnéaire et, surtout, un lieu de production de grande qualité de ce style de techno. Certain disent que la Transe Goa serait plus orientale et aussi plus violente que la Transe tout court et que se serait un style à part entière. Peut-être. Laissons-les dire et écoutons plutôt les excellentes compils Distance (Distance to Acid Transe, Distance To Goa 1, 2, ..., n), écoutons les productions du label POF, celles de Earth Nation, de Sven Väth (qui est de la Space, ancêtre de la Transe) ou, en Transe Goa : Astrazl Projection, la compil Hallucinogène, Etnica et encore Man With No Name. Un autre style est la techno Hardcore (Gabber en Hollande) qui, à la louche, est un genre de techno à 160 bpm et parfois bien plus. Les cardiaques feront donc mieux de s’abstenir d’écouter Lenny Dee, Liza N. Eliaz, Dano, The Spee Freak ou PCP. Les autres pourront aussi se procurer le Best Of Rotterdam Records, ou Nightmare In Rotterdam, Napalm Rave et encore Nuclear Hardcore Megamix (évocateurs les titres non?). De la Hardcore est née la Jungle, aussi déchaînée mais plus “ethnique”, plus inspirée du reggae et du dub. Je conseille la géniale compil Jungle Vibes pour commencer. Dans les rejetons de la techno et de la house, citons le Trip Hop. La aussi, l’inspiration est reggae ou Dub mais le résultat est nettement plus calme. Ecoutez Massive Attack, The Chemical Brothers ou Jacob’s Optical Stairway et vous m’en direz des nouvelles. Les soirées techno se terminent généralement par un “atterrissage” (dites “after” quand vous adressez à une fille). Généralement, le style utilisé est l’ambient. Ce style, on peut presque dire que c’est Brian Eno qui l’a inventé en 1978. Ensuite, pour situer la question, les longues nappes de synthé et les rythmes doux et réguliers de l’ambient ont été utilisés par le mouvement New Age et on trouve beaucoup de ces disques (au milieu de tout un tas de merdes sans nom) dans le rayon “relaxation” des disquaires. Mais de véritables artistes produisent de l’ambient (pas que des pseudo musico-thérapeutes qui feraient bien d’aller en prison voir si Rika Zaraï n’y est pas) par exemple KLF, Sueno Latino, The Orb, The Future Sound Of London ou Leftfield. Vous les retrouverez sur des compils complètement ambient comme qubism, miasma ou gas. Le tour des différents styles est rapide et surtout prétexte à donner des références sans que ce soit trop la pagaille. De même, les références citées ne sont que des exemples des titres les plus caractéristiques ou les plus faciles à trouver. Mais c’est loin d’être un catalogue. D’abord parce que cette liste reflète surtout mes goûts et qu’elle ne présente qu’une infime partie de la production disponible. Le seul conseil que je vous donne, c’est d’écouter. Vous ferez vos propres choix, vos propres classements et vous enverrez chier les pseudo exégétes de la techno, moi y compris. Au fait, j’ai parlé de mes goûts? Ben, justement, la prochaine fois, je vous parlerai de très grands artistes que j’aime beaucoup. Comme j’ai des goûts assez conventionnels, il se trouve que ces artistes font généralement l’unanimité.

Mon concombre(*) : Cyrille Lewandowski(*) je ne dis plus “ma pomme” par respect de la ligne éditoriale.