2ème épisode ... "Retour à l'ouest"

Un paysage de Cappadoce

Eh ! Les globe-trotters, vous souvenez-vous du 1er épisode "TRIP AU PROCHE-ORIENT ". Après avoir vu mille merveilles en contrées juives et arabes (Israël, Palestine, Jordanie, Liban et Syrie) nous voici sur le chemin du retour à l'Ouest. De l¹Orient à l¹Occident, de l¹Asie à l¹Europe, de l'Islam au Christianisme, voici un circuit riche en contrastes. Ce passage d'une civilisation à une autre n'est pas brutal. La transition s'effectue en trois étapes : des arabes et des turcs, des turcs et des grecs, des grecs et des latins.

Parcours

Turquie 01 Août 1997 : Antioche, Turquie.

Salam aleikoum ! Mais dans quel pays sommes-nous donc ? Dans la rue, les gens parlent arabes, mais les panneaux et publicités sont écrits en turc en alphabet latin. Sur un écriteau destiné aux touristes, je peux lire en anglais : "Grand Patriarcat Chrétien". Mais c'est l'heure de la prière et les mosquées de la ville retentissent subitement en canon ³ Allah wak bar ² (Dieu est grand). Une musique envahie la rue, " le tube de l¹été dans ce pays " me dit alors Mehmet, un kurde qui me tient compagnie depuis une heure. C'est de la discothèque que provient cette chanson et ses paroles sont en turc. Mehmet me prévient alors en bon musulman que cette musique n¹est pas saine, que ce n¹est pas de la musique arabe mais turque, laïque qui parle de sexe et d¹argent. Il m'entraîne alors dans une rue piétonne très fréquentée. Après quelques pas, la musique turque finit par se taire, étouffée par une autre mélodie que je reconnais alors. Un air classique arabe que j'avais entendu plusieurs fois en Syrie et Jordanie. Ces un petit groupe de rue qui joue cet air nostalgique porteur de souvenirs dans la mémoire des nombreux badauds agglutinés. Noyées dans cette ambiance, quelques ruines grecques et romaines subsistent péniblement au coeur de la ville ainsi que les vestiges de nombreuses basiliques chrétiennes de l¹époque byzantine. Au loin, à l¹horizon, se dresse une impressionnante forteresse construite par les croisés français au XIème siècles. Après ce petit tour de ville, un arabe chrétien m¹indique le chemin pour aller visiter la grotte de Saint Pierre. Cette grotte fut la première église chrétienne de toute l'histoire du monde. Saint Pierre et les premiers chrétiens d¹Antioche venaient y célébrer clandestinement leur messe chaque dimanche, à l¹insu des autorités romaines. C¹est là que fut inventé le terme " chrétien ". Mais où sommes-nous donc ? Chez les arabes, les turcs, les chrétiens, les musulmans, en Europe, en Orient ?Dans l¹esprit des citoyens d'ici, Antioche devrait être en Syrie et non en Turquie. En effet, la province d¹Antioche est une province arabe habitée par des hommes et des femmes 100% arabes et fières de l'être. C¹est un peu comme notre Alsace-Lorraine sous le joug Allemand. Avec ici la Turquie dans le rôle de l'Allemagne. Une règle : ne traité jamais un turc d¹arabe. De-même, ne traité jamais un arabe de turc. Ils seront très vexés. Ce sont deux peuples d¹origines bien différentes.Petit rappel historique :Jusqu'au XIème siècle, l'Asie mineure ou Anatolie était habitée par les byzantins de religion chrétienne et de langue grecque.Au VIIème siècle, les arabes musulmans envahissent le sud et l¹est de l'Anatolie. Mais après quelques temps de guerre les deux peuples finissent par cohabiter pacifiquement.Au XIème siècle, les terribles envahisseurs turcs provenant des steppes du Turkménistan (un état musulman du sud de l¹ex-U.R.S.S.) s'installe en Anatolie. Ils exterminent les byzantins ou les convertissent de force à l'Islam. Les croisés français (l'O.N.U. de l'époque) venus au secours des byzantins contre ce génocide ne pourront jamais contenir ces hordes slaves innombrables et terriblement barbares. C¹est la fin de l¹empire byzantin, cette région s'appellera désormais Turquie (du nom de ses envahisseurs). Les derniers byzantins chrétiens résisteront jusqu'en 1920 où plusieurs millions d¹entre eux seront expulsés vers la Grèce.Aujourd¹hui, les citoyens de Turquie sont à 80% turcs et à 20% arabes ou kurdes, tous majoritairement musulmans.En 1922, Attaturk transforme la Turquie en un pays laïque et se tourne vers l'Occident en adoptant l¹alphabet latin. Depuis, la Turquie s¹est considérablement développée et modernisée. Mais elle s¹est terriblement occidentalisée et laïcisée au détriment de la morale. Les minorités ethniques arabes et surtout kurdes du sud et de l¹est sont " discrètement " persécutées par l'état depuis lors.

Un paysage de Cappadoce

Mais finies les réflexions historiques, me voici en route pour un long parcours. Après avoir longé la côte lycienne jusqu'à Adana, je traverse les steppes d'Anatolie centrale, direction la fabuleuse région de Cappadoce. Si vous avez un jour la chance de partir en Turquie, ne loupez pour rien au monde cette curiosité naturelle, ce spectacle hors du commun et mondialement connu. La Cappadoce, voici en effet un des trois musts à voir absolument en Turquie avant même Istanbul ou Ephèse. Après une nuit à travers les steppes arides, le bus vient de pénétrer en Cappadoce. Au levé du soleil, un paysage lunaire et irréel se dévoile autour de moi. Je n¹en crois pas mes yeux. Je suis certainement sur une autre planète.Sur un rayon de 50 km, le sol de Cappadoce est constitué d¹un terrain volcanique blanc et très tendre rejeté par deux gigantesques volcans de 4 km de haut. A la suite d¹une intense érosion, le sol s¹est désagrégé, donnant au paysage un aspect très particulier. On y rencontre des formes étonnantes : cônes, pitons, colonnes , aiguilles, canyons. Le paysage de Cappadoce change à chaque instant. Rouge pâle au lever du jour, la roche blanchit à midi et devient jaune ou ocre au coucher du soleil. Mais le plus unique se dévoile sans doute lors d¹une balade au clair de lune.Ma première étape fut Uçhisar : village connu pour son énorme piton de tuf percé de mille cavités. Du sommet d¹Uçhisar, c¹est le choc : devant vous, l¹un des spectacles les plus étranges : ni lunaire, ni terrestre, un paysage d¹un autre monde, comme un gigantesque décor de film évoquant une contrée mystérieuse. Une vallée hérissée de cagoules percées de dizaine d¹yeux, de cheminées de fée trouées comme du gruyère, de cornets de glace parfaitement léchés, certains atteignent 40 m de hauteur, qui s'étagent en tous sens jusqu¹à l¹horizon.

Cette fois, vous y êtes, la Cappadoce est à vos pieds.Le top du top est de survoler la Cappadoce en montgolfière. Images sublimes et sensations fortes garanties. Le spectacle est absolument fabuleux. A coût sur, votre plus beau souvenir de voyage.Depuis toujours, les hommes ont profité de ce tuf volcanique très tendre pour creuser leurs habitations à l'intérieur même des cheminées de fée. De véritables villages troglodytiques se sont ainsi créés. D'où cet aspect gruyère. Pour raisons de sécurité, et par préférence pour le confort moderne, les derniers habitants quittèrent ces habitations dans les années 50. Gorëme, Çavusin, Zelve, ... autant de villages fantômes comme passés à la bombe antipersonnelle. De splendides églises y ont également été creusées à l¹époque byzantine. Elles sont toutes peintes de fresques et d'icônes et classées au patrimoine mondial par l¹UNESCO. On en trouve plusieurs dizaines au km2, presque autant que d¹habitations.Le sol cappadocien est si tendre, que l'on y trouve même des villages souterrains profonds d¹une quinzaine d'étages et capables d¹abriter mille personnes. Ils furent creusés au XIème siècle par les byzantins. Ils se cachaient ainsi afin de survivre aux terrifiants envahisseurs turcs ; dans l'attente désespérée des " casques bleus " occidentaux des croisades.

Troglodytes creusés dans des cheminées de fées en Cappadoce En Cappadoce, si l'on est francophone, c'est impeccable. En effet, ici, 80% des touristes et 100% des turcs parlent français. Pour son charme, la Cappadoce est en effet la première destination des touristes français en Turquie. Les autres surtout Allemand ne viennent en Turquie que pour la beauté de ses plages. Les côtes Turquoise et égéenne sont en effet envahie d'Allemand. Les turcs des villes côtières s'adressent à vous directement en Allemand, ils ne savent parfois même pas parler Anglais.Enfin, pour l'hébergement économique, la Cappadoce, c¹est l'idéal. Même pas besoin de tente, il suffit de squatter un troglodyte au hasard dans la nature. Mais les nuits sont fraîches.Après cinq jours de randonnée en Cappadoce, je partis au travers de l'Anatolie centrale. A découvrir:

- les sites hittites (une ancienne civilisation Anatolienne disparue du IIème millénaire avant Jésus-Christ).

- Ankara, ville de type occidental propre et moderne, créé de toutes pièces par Ataturk dans les années 20, capitale administrative de la Turquie depuis 1922, au détriment d¹Istanbul (excentrée).

- Konya, ville des derviches tourneurs (un mouvement charismatique musulman célèbre pour ses danses). Konya est également le centre de résistance des traditionalistes musulmans contre le mouvement de laïcisme qui envahie la Turquie depuis Ataturk.

En plein centre-ville d'Antalya, les falaises plongent dans la mer Turquoise

Enfin, nous voici de retour sur la côte sud de la Turquie, à Antalya, capitale régionale de la côte Turquoise , la métropole la plus chaude du pays, mais aussi la plus agréable. Vous y trouverez plages gigantesques, eau chaude exceptionnellement limpide, cascades, falaises, grottes et cavernes sur plus de 10 km de côte. Les fonds marins sont verts et bleus turquoise jusque dans l'enceinte même du port de plaisance. Si vous n'aimez pas la foule, il est possible de vous baigner en solitaire à pied de falaise. On se croirait dans une petite crique de paradis " à mille miles de toute terre habitée ", or tout cela est en plein centre ville. A voir autour d¹Antalya, une pléiade de sites antiques surprenants comme Aspendos, Pergé ou encore Termessos (genre Macchu Pitchu romain). A Aspendos, vous pourrez admirer le troisième plus grand théâtre antique de la planète, mais aussi le mieux conservé, car 100% intact.

Le théâtre d¹Aspendos, 100% intact

Plus à l¹ouest sur la côte les marais, plages, îles, mausolées et falaises troglodytiques de Kas et Myra vous laisseront d¹inoubliables souvenirs.Après une courte nuit de bus, je me réveillais à Pamukkale. Ce mirage de Pamukkale, c¹est un site naturel extraordinaire, l'un des plus étonnants de Turquie : des concrétions d¹une blancheur éclatante ont formé des vasques alimentées par des sources d¹eau chaude calcaire (30 à 50°C) tombant en cascades le long de falaises immaculées. Ces vasques prennent des couleurs irréelles le soir venu. Nos ancêtres les romains adoraient la baignade autant que nous. Ils y ont ainsi créé une ville thermale. Bref ! Cette sorte d¹aqualand perdu au milieu des montagnes luxuriantes, c¹est la caricature idéale d¹un paradis perdu.

Les vasques de Pamukkale

A 100 km de là, la ville antique d¹Aphrodisias peut se visiter dans la même journée. On y trouve ce fabuleux stade romain mondialement connu (le plus grand et le mieux conservé du monde). Il n¹y manque plus que Ben Hur sur son char. Mais Aphrodisias, c¹est aussi un apocalyptique champ de ruine jonché de colonnes, sculptures, sarcophages et gigantesques blocs de pierres sculptées, sur plus d¹un kilomètre de diamètre ; un puzzle de plusieurs milliers de pièces à trier (20 ans minimum de travail).Le soir, j'arrivais à Izmir (ou Smyrne). Cette monstrueuse ville de quatre millions d'habitants est la troisième ville de Turquie, c¹est la capitale de la côte Egéenne. M'étant trompé de station de bus, je me suis retrouvé par hasard dans une banlieue tout en croyant être à proximité du centre-ville. N'ayant pu me fournir de plan de l'agglomération, je n¹avais que le soleil pour unique boussole. Ce n'est qu¹après deux heures de promenade plein ouest à travers les quartiers insalubres que j¹atteignais enfin le bord de mer. Attrapant un bus sur-bondé, je longeais le littoral sur dix kilomètres. J'aperçus alors, ce satané centre-ville que je cherchais désespérément sans le soupçonner tant éloigné. Ces deux heures de flânerie improvisée m¹illustrèrent la pauvreté de ces villes turques où chiens boiteux, enfants tuberculeux, travailleurs éclopés et mendiants aveugles côtoient purin et rivières-égouts à ciel ouvert, recouvertes d¹une épaisse couche de pétrole, graisses, détritus, cadavres de rats et de chats. L¹air y est mal sain; tout le monde est malade, tousse et crache parterre.En centre-ville, c¹est mieux, mais il règne encore un mélange d¹odeurs émanant des poubelles éventrées et de la circulation automobile monstre et non maîtrisée. Les hôtels, tous sordides, sont eux aussi imprégnés d¹odeurs nauséabondes. Alors seulement, on se rend compte oh! combien l¹écologie et l¹asepsie (si nécessaires) ne sont que des préoccupations de gens aisés. Oh! combien la France est un pays riche et propre (comme tout autre pays à fort P.N.B.).En parlant de la saleté et de la précarité des villes turques et arabes, il faut savoir relativiser. En effet, Izmir ou Damas sont des paradis de richesse et de propreté, si on les compare à Calcutta ou n¹importe quelle autre ville du tiers monde. L¹habitat y est certes parfois précaire, mais il n¹y a pas ces bidonvilles gigantesques, comme on peut en voir dans le tiers monde.Au sud d¹Izmir, les villes de Bodrum et de Marmaris rappellent beaucoup notre côte d¹Azur. Bodrum, ses stars et son port de plaisance pourrait être comparée à notre Saint Tropez. Cette ville est surtout intéressante pour les traces historiques qu¹elle renferme : son impressionnante forteresse croisée plantée sur une presqu¹île au milieu du port et les restes de la 4ème merveille du monde antique : le colossal mausolée d¹Halicarnasse du général Mausole, chef militaire du non moins célèbre Crésus, roi d¹Halicarnasse.

Rhodes, île et ville croisée

Au large de Marmaris, l¹île de Rhodes est en Grèce. A la frontière entre l¹Orient et l¹Occident, églises orthodoxes et mosquées s¹y côtoient. Cette île possède quatre forteresses franques des croisades. Le centre-ville de Rhodes est même entièrement de cette époque sur un bon kilomètre de diamètre. On aurait put y tourner ³ les Visiteurs ². Tout aussi décoiffant, l¹ancien quartier juif, si vaste, fut littéralement détruit à la seconde guerre mondiale ; Non reconstruit depuis, on se croirait à Hiroshima ; Telle une ville fantôme, les S.D.F. y ont élu domicile. A l¹entrée du port, il est possible de voir l¹emplacement du très fameux et disparu colosse de Rhodes 3ème merveille du monde antique. Haut d¹une trentaine de mètres, Hélios, dieu du soleil, gardait l¹entrée du port. L¹idée fut reprise 2500 ans plus tard pour la statue de la Liberté à New York).

La bibliothèque d¹Ephèse (1er siècle)

Mais de retour sur le continent turc, près d¹Izmir, nous voici à Ephèse, un des trois musts de la Turquie avec Istanbul et la Cappadoce. On y trouve tout d¹abord les restes de la 5ème merveille du monde antique : le temple d¹Artémis. Plus tard, anéantie par une série de tremblements de terres, ses ruines servirent de carrière de marbre pour la basilique Sainte Sophie d¹Istanbul. Le clou du spectacle, c¹est surtout la ville antique grecque puis romaine. Son étendue gigantesque, la quantité colossale de constructions encore sur pieds ou à reconstituer, la beauté de ses monuments. Bref ! le site antique réputé le plus époustouflant de la planète. On y trouve en particulier le plus grand théâtre antique du monde. Saint Paul, l¹évangélisateur globe-trotter, passa trois ans à Ephèse. Et c¹est ce théâtre de 30 000 places que Saint Paul remplit entièrement à plusieurs reprises. Saint Jean apôtre accompagné de la Sainte Vierge sont également venu passé plusieurs années à Ephèse. C¹est ici qu¹il a écrit son évangile, c¹est aussi ici qu¹il a été persécuté et qu¹il est mort. Plus tard, une basilique fut édifiée sur son tombeau avec les marbres des ruines du temple d¹Artémis. Elle fut partiellement détruite par les envahisseurs turcs, mais de beaux restes subsistes. On trouve également à Ephèse, la maison où a vécu la Vierge et où elle se serait endormi définitivement, ainsi que les grottes de la fameuse légende des sept dormants et enfin une colossale forteresse des croisades. Beaucoup plus au nord, en direction d¹Istanbul, la ville de Pergame et son acropole géante pourrait faire rougir de honte sa petite s¦ur grecque dénommée Athènes ! Le célèbre site de Troie n¹est pas loin de Pergame, mais il est infiniment moins impressionnant et il ne reste plus grand-chose à voir.Enfin, la ville de Brousse est incontestablement la plus charmante des grandes villes turques. A cheval entre plaines et mont Olympe, les prières de ses cinq cents mosquées reprises en canon semblent émaner de la forêt qui l¹entoure. Mariage entre sa grande s¦ur Istanbul et la montagneuse Rio de Janeiro, Brousse, telle Minéapolis, se noie dans une luxuriante végétation.

La basilique Sainte Sophie de Constantinople (Vème siècle)

Mais me voici en route pour Istanbul-Constantinople, Après une heure de bateau-jet à 100km/h sur la mer de Marmara, je scrutais l¹horizon. Soudain, tels ³ les mystérieuses cités d¹or ² je vis surgir subitement mille minarets des profondeurs de la brume. C¹était Byzance ! Alors, un mirage sortit des vapeurs, Sainte Sophie m¹apparut, puis la mosquée bleue, la mosquée de Soliman le Magnifique, Topkapi, la tour du Galatasaray et mille et une autres merveilles. La mosquée Bleue (XVIème siècle) Cinq jours sont nécessaires pour visiter Istanbul. Sa situation géographique en fait une ville de contrastes. A cheval sur les deux rives du Bosphore, Istanbul est à la charnière entre l¹Asie et l¹Europe ou plus concrètement, entre deux civilisations en tout points divergentes : l¹Orient et l¹Occident. Constantinople, fut la capitale de l¹empire romain d¹Orient, autrement appelé empire byzantin jusqu¹à sa chute en 1453, après quatre siècles de combat contre les terribles envahisseurs turcs. Dénommée depuis lors, ³ Istanbul ² , elle sera la capitale de l¹empire Ottoman jusqu¹à la chute du dernier sultan en 1920. Le somptueux palais de Topkapi fut la résidence des sultans quatre siècles durant (à l¹image de nos palais du Louvre et de Versailles). Mais l¹éminent monument qui symbolise le plus la ville, c¹est évidemment la basilique Sainte Sophie, construite il y a quinze siècles. Sa coupole fut la plus grande du monde durant plus d¹un millénaire jusqu¹à la construction de Saint Pierre de Rome au XVIème siècle.Dans les grandes villes turques, il est préférable de donner le moins possible l¹air du touriste naïf qui vient de débarquer. Sans quoi vous serez harcelés par des vendeurs en tout genre, refileurs de monnaie vendue au noir ou autres rabatteurs très sympathiques et prêts à vous arnaquer de mille manières. Soyez méfiant et informé. Pour être sûr de ne pas se faire avoir sur tous les prix de la vie quotidienne, il faut se renseigner sur la valeur approximative de chaque chose avant achat. Contrairement aux pays arabes, les turcs vivent dans un pays où le pouvoir politique est laïc et tente depuis 80 ans de déprécier la religion (l¹Islam) aux yeux de ses citoyens. Ils usent pour cela des mêmes techniques employées à l¹encontre du Christianisme en France et dans tout l¹Occident depuis la révolution française. En Turquie, comme dans nos pays, la religion disparaît. Au contact des nombreux et riches touristes occidentaux, les turcs ont vite compris que nos seuls dieux étaient le sexe et l¹argent. Contaminées, les villes de la côte turque et surtout Istanbul sont devenues des endroits meurtriers, malsains où règne l¹argent et la perversion sexuelle. Voilà aux yeux des musulmans, une bien mauvaise image de ce Christianisme que notre civilisation occidentale est sensée représenter. Les villes turques sont de véritables écoles de la méfiance et du marchandage. C¹est un remède pour les tempéraments naïfs ou pour ceux qui veulent attraper la bosse du commerce. A l¹inverse, Les arabes, ainsi que les turcs non contaminés par l¹athéisme et l¹argent sont totalement différents. Je n¹ai jamais vu plus gentil, plus accueillant et plus aimable que ces gens-là. Ils ont toujours du temps à vous consacrer, du thé à vous offrir ou des choses agréables à vous dire. Une fois un arabe, mille fois plus pauvre que moi, m¹a offert un repas et des tiquets de bus. Une autre fois, un kurde m¹a hébergé et offert deux repas. Du point de vue financier, mis à part à Istanbul, la vie en Turquie est deux fois moins onéreuse qu¹en France. Vous seriez surtout surpris par le prix et la qualité des transports (en moyenne 10 francs pour 100 km) pour un service irréprochable. En Turquie, le train est quasiment inexistant, tous les trajets s¹effectuent en bus. Voyage de rêve, bus ultramodernes, hyper-équipés, avec télé, radio, clim., fauteuils inclinables, tout est hyper-aseptisé, personnel et chauffeur en uniforme, serveur, coca, bonbons et petits gâteaux. Le bus s¹arrête régulièrement pour dix minutes de détente ou trois quarts d¹heure de repas dans une cafétéria. Toutes les villes, des plus grandes aux plus petites, sont équipées d¹une gare centrale de bus nationaux. Sur les longues distances, les turcs voyagent souvent de nuit. Quel que soit le bled où vous vous trouvez, il y aura toujours, de jour comme de nuit, des bus pour toutes les directions, plusieurs fois par heure. Dans les grandes villes, ces gares centrales sont de véritables aéroports pour bus, équipées de salles d¹attente télé, cinéma, restaurants, galeries commerciales, supermarchés, ... Bref ! des lieux très animés (surtout lors des soirées foot retransmises sur écrans géants).

Grèce 21 Août 1997 :Thessalonique, Grèce.

Après deux mois passés en Orient, je rentrais en Europe. Huit heures de bus sont nécessaires pour traverser le ³ no man¹s land ², zone tampon entre la Turquie orientale musulmane et la Grèce occidentale chrétienne. Les byzantins, aujourd¹hui réduits aux frontières de la Grèce, n¹ont en effet jamais pu se remettre des sévices que leur ont infligés les sanglants envahisseurs turcs depuis mille ans ! Thessalonique, seconde ville de la Grèce contemporaine, fut également pendant un demi-siècle une ville frontière avec le bloc communiste (autre virus envahissant auquel les grecques ont eu a se frotter). L¹un des Météores: celui de James Bond Dans les montagnes du nord de la Grèce, un coin plus que surprenant est à découvrir absolument : les Météores, de colossaux pitons rocheux aux sommets desquels des monastères se sont établis. Mondialement connus, ils ont servi de cadres à de nombreux James Bond et autres aventuriers-cascadeurs du grand écran.

Le théâtre idéal d¹Epidaure

Delphes, Olympie, Mycènes, Corinthe, Epidaure, Mystra, ... autant de sites intéressants. Mais aucun ne pourra jamais rivaliser d¹intérêt et de splendeur avec le gigantisme des sites antiques grecs et romains d¹Asie mineure (Turquie). Monastère et église orthodoxe à Mistra

Après avoir fait le tour du Péloponnèse, je débarque enfin à Athènes. En provenance de l¹Orient, cette ville paraît remarquablement propre, organisée, disciplinée, en un mot : européenne. Quatre jours sont nécessaires pour découvrir Athènes et les Athéniens. La célèbre acropole et les autres constructions gréco-romaines ne font que petite figure comparées aux vestiges monumentaux des acropoles encore visibles en Turquie. Dans la capitale grecque, ce sont surtout les églises (orthodoxes) qui méritent le détour.Du point de vue propreté, Athènes pourrait paraître un peu sale aux Occidentaux que nous sommes provenant de pays très riches, ultra-propres et hyper-aseptisés. La Grèce est le parent pauvre de l¹Union Européenne (15ème sur 15). Il y a quarante ans, Athènes ressemblait à Damas. De nos jours, grâce aux crédits de l¹Europe (nos impôts), la capitale grecque s¹est considérablement transformée, assainie, modernisée. Elle est devenue relativement propre et riche. A mi-chemin entre Damas et Genève, Athènes perd petit-à-petit son odeur orientale. Contrée d¹Orient, la Turquie revient de beaucoup plus loin. Elle suit la même voie que la Grèce mais avec du retard et d¹une manière plus désordonnée. Le plus beau comme le pire s¹y côtoient.Après une nuit de ferry, j¹allais passer deux jours en Crète. Les plages, les cocotiers, Knossos le palais du roi Minos (ce fameux Minotaure) et la capitale Heraklion, telles sont les curiosités incontournables de l¹île.Enfin, le retour à Athènes peut se faire par sauts de puce d¹île en île à travers l¹archipel des Cyclades. Toutes les îles des Cyclades ont leur particularité. Pour ceux qui désirent ³ s¹éclater ² , l¹île de Mykonos est le lieu extrême : plages géantes, plages spéciales nudistes, plages pour homo, boîtes de nuit, sex shops, Suédoises, mannequins et fruits de mer à volonté ... !

Mykonos - ville

La plus belle des Cyclades sera certainement l¹île volcanique de Santorin. Au IIème millénaire avant J.C., une de ses éruptions fut tellement violente que le cône du volcan explosa littéralement, laissant pénétrer la mer dans le cratère. Au milieu du lac ainsi formé, un nouveau cratère s¹est formé. Il est toujours en activité et il est possible de s¹y baigner dans des eaux chaudes sulfureuses et multicolores. Une dizaine de villages se sont créés sur les falaises rouges du grand cirque de vingt km de diamètre. Les plages y sont noires, les maisons toutes blanches et les églises chapeautées de coupoles bleu turquoise. Au coucher du soleil, le paysage est féerique. Cette terrible éruption d¹il y a 3500 ans provoqua un raz de marée qui s¹étendit sur toutes les côtes méditerranéennes. La Crète fut totalement noyée et les palais de minos détruits.De retour à l¹aéroport d¹Athènes, le vrombissement des réacteurs sonnait le glas de ces trois mois d¹aventure entre Orient et Occident. ô ! Jérusalem, Damas, Constantinople, que vos portes jamais ne se referment. C¹est promis, bientôt je reviendrais ! Santorin au coucher du soleil

Louis de Varax