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découverte

trip au Proche-Orient

Palestine

26 Juin 1997: Aéroport Ben Gourion,Israël.

 

Gambadant depuis quelques heures au milieu des sky-lines de Tel-Aviv, je longeais à présent le front de mer. La rive orientale de la mer Méditerranée baignait la métropole juive à perte de vue du nord au sud. Maillot de bain et masque de plongée ne restèrent pas longtemps au fond du sac. Ayant encore pied à 300 m du rivage, je dégainais mon appareil de photo pour mitrailler quelques gratte-ciels aux silhouettes surprenantes. Quelques encâblures plus au sud, les vagues déchaînées rappelaient des séries télévisées Californiennes. Capitale du sionisme, Tel-Aviv propose, de fait, une nourriture très internationale, à l’image de la diaspora juive. La vie au Proche-Orient est en moyenne cinq fois moins chère qu’en France. Génial, quand on veut voyager fauché. Mais Israël, territoire juif, fait exception à la règle. A Tel-Aviv particulièrement. La vie y est presque deux fois plus coûteuse qu’en France (huit fois plus chère que dans les pays arabes). Après un dîner aussi maigre qu’expensive , je repris mon chemin le long de la mer en descendant vers le sud. Sous le clair de lune, je goûtais l’ambiance de fête qui imprégnait les terrasses de cafés, dancings et pique-niques très arrosés, célébrant la fin de Shabbat. Après trois kilomètres, j’arrivais dans la ville de Jaffa pour une visite nocturne. C’est ici que Jonas eut quelques problèmes avec sa baleine. C’est aussi de ce port que les dernières flottes anglaises levèrent l’ancre le 14 Mai 1948. Ce jour vit les Juifs proclamer l’Etat d’Israël. Un conflit allait embraser la Terre Sainte et ne plus s’éteindre.

 

Le Royaume de Jordanie

11 Juillet 1997:Amman, Jordanie.

Deux mois auparavant, j’avais fixé rendez-vous à M’Ahmed, un ami Tunisien de Lyon. Nous devions nous retrouver à 2 heures du matin, à Amman, devant le palais royal du Roi Hussein et de la Reine Nour Allia. Lui, en provenance de Tunis et moi, de Jérusalem, nous nous sommes interceptés et avons fêté nos retrouvailles autour d’un thé bédouin. Aux premières lueurs de l’aurore, nous sommes venus nous réfugier dans la mosquée la plus proche et profiter des dernières heures de la nuit pour dormir et prier. Nous partions le lendemain, plein sud, sur Madaba (églises et mosaïques d’une importance historique considérable), puis Hammamat Ma’in, lieu paradisiaque, véritable hammam naturel, pourtant à 2 km de la corrosive mer morte, en plein désert transjordanien. Là, dans les profondeurs abyssales d’un oued luxuriant, déferlent des cascades d’eau dont les températures, toutes différentes, varient de 30 à 60°C. Une douche géante où vous choisissez à votre guise la température qui vous convient en sautant ou escaladant de cascade en cascade. Ereintés par les semaines précédentes, nous avons prolongé notre reposante séance de hammam toute l’après-midi jusqu’au coucher du soleil. Sur le chemin du retour, nous sommes parvenus à débloquer la portière d’une voiture fermée à clef de l’intérieur. Son propriétaire reconnaissant fit un détour considérable pour nous déposer sur la légendaire route des rois (voie traversant sur 300 km le désert transjordanien de Amman à la mer rouge). Après une nuit de sommeil profond sur le sable, nous montions dans la benne d’un camion. Au milieu des pastèques, nous descendions plein sud sur Kerak. Après la visite de cette colossale forteresse croisée et de sa ville, nous continuions plein sud à bord d’une Jeep puis d’une cargaison de matériel de travaux public pour arriver à Wadi Musa (la fameuse source de Moïse), point d’entrée du giga-mégalo site de la fabuleuse PETRA. Cette prodigieuse ville nabatéenne abrita l’histoire ou la légende d’innombrables aventuriers comme Lawrence d’Arabie, Tintin ou encore Indiana Jones. Une semaine entière n’est pas suffisante pour parcourir les principaux secteurs de cette 8ème merveille du monde. De 6 heure du matin (lever du soleil) à 8 heure du soir (coucher du soleil), nous avons tracé 30 km à pieds, à l’intérieur du site, allant de temples en mausolées, du fond des oueds et crevasses, jusqu’aux sommets des concrétions rocheuses, en passant par les étendues de regs. En compagnie de touristes australiens et californiens, nous repartions toujours vers le sud, à bord d’un camion à bestiaux.

Nous distinguions enfin au loin les lumières d’Aqaba et d’Eilat, deux villes jumelles, l’une arabe, l’autre juive, séparées par la frontière et accrochées à leurs quelques kilomètres de mer Rouge si durement conquis. Ma surprise fut grande ce soir là, à la rencontre de Xavier, un cousin, dans notre hôtel à Aqaba. Que le monde est petit !!! Il est tellement difficile de se rencontrer à Lyon, quelle surprise de retrouver son cousin si facilement à 5000 km de chez soi. Après une nuit réparatrice, nous sommes allés explorer les plages et coraux de la mer Rouge. Allongés sur le sable ocre, nous pouvions contempler les monts d’Arabie Saoudite à 10 km à l’est. A l’ouest, nous distinguions en arrière plan ceux du Sinaï en Egypte et en premier plan la ville israélienne d’Eilat à 3 km. L’après-midi, remontant dans le nord sur Amman, j’ ai cru assister à une éclipse de soleil. Notre car traversait une terrible et très épaisse tempête de sable sur plus de 20 km. Le lendemain, nous visitions Amman. Amman est aujourd’hui une ville riche et moderne, ayant profité du déclin économique de Beyrouth pendant la guerre du Liban. Enfin, nous avons consacré notre dernier jour en Jordanie à la visite de Jerash (ville antique). Là, nous avons eu l’honneur d’être interviewés par la télévision Jordanienne francophone. Pour nous héberger durant ces deux jours, nous avions l’adresse d’un prêtre catholique avec qui M’Ahmed avait sympathisé à bord de son avion Tunis-Amman. Il dirigeait une école et officiait dans un village à majorité chrétienne dans la banlieue d’Amman, (en effet, 12 % des Jordaniens sont des arabes chrétiens). Mon cousin Xavier nous avait accompagnés durant trois jours. Nous devions désormais nous quitter. M’Ahmed et moi partions en bus pour la frontière Syrienne. Là, nous allions attendre 1 heure au poste Jordanien et 4 heures au poste Syrien. 5 heures d’angoisse. En effet, la Syrie n’ayant pas fait la paix avec Israël, il est impossible de pénétrer en Syrie après être passé par Israël. Heureusement, mon passeport ne comportait volontairement aucune preuve de mon passage par l’état juif. J’avais cependant peur qu’ils découvrent par quel moyen j’étais arrivé en Jordanie. Par chance, ils n’allaient pas déceler la supercherie.

 

La Syrie (sud)

18 Juillet 1997:Damas, Syrie.

Quatre jours sont nécessaires pour visiter l’oasis de Damas, une des plus anciennes villes du monde, une des plus chargées en histoire. Cependant Damas et la Syrie restent des lieux parmi les plus pauvres et pollués. Il y règne un mélange d’odeurs qui vous prennent des narines à la gorge! Elles émanent des poubelles éventrées, des bazars d’épices suffocants, de la circulation automobile monstre et non maîtrisée, ou encore de ces rivières-égouts à ciel ouvert recouvertes d’une épaisse couche de pétrole, graisses, détritus, cadavres de rats et de chats. L’air y est malsain; tout le monde est malade, tousse et crache parterre. Les 40°C qui y règnent n’arrangent pas les choses. Ajoutez à cela l’état délabré des bâtiments, l’absence totale d’espaces verts, la quasi-inexistence de services d’hygiène, la surpopulation, les hôtels, tous sordides, imprégnés d’odeurs nauséabondes, équipés de sanitaires répugnants. Les restaurants sont très rares et il ne faut pas regarder la propreté de ces fast-food bondés où l’on ne peut manger que debout une nourriture périmée, sans saveur, ou des volailles malades que l’on a tuées et déplumées à côté de son assiette. Citons aussi la pollution sonore des klaxonnes incessants à rendre fou émis par les taxis et les bus afin d’attirer l’attention d’éventuels clients. Damas, c’est un enfer, un ENFER, c’est la caricature de toutes ces villes syriennes industrielles et inhumaines. Alors seulement, on se rend compte oh! combien l’écologie et l’asepsie (si nécessaires) ne sont que des préoccupations de gens aisés. Oh! combien la France est un pays riche et propre (comme tout autre pays à fort P.N.B.). Le cinquième jour passé à la campagne fut d’autant plus apprécié. Le village de Bosra, établi sur ses ruines antiques, est des plus charmants. Les habitants actuels résident dans les ruines même de la ville romaine. On peut aussi y admirer un grand théâtre romain qui a eu la rare chance de conserver son mur de scène haut de cinq étages; il a été, d’autre part, transformé en forteresse par Saladin.

 

Le Liban

23 Juillet 1997:Beyrouth, Liban.

Contrairement à ses voisins, le Liban est un pays très vert où l’eau est omniprésente (quinze fleuves irriguent un territoire grand comme à peine deux départements français). Il y a également de la neige et des stations de ski. Le Liban est un petit pays très riche. Le niveau de vie y est beaucoup plus élevé qu’en Syrie, Jordanie et territoires palestiniens. C’est un pays capitaliste. Toutes les banques du monde y sont implantées. Tous les arabes fortunés y ont des capitaux et des résidences. Bref ! C’est la Suisse du monde arabe. C’est un pays francophile (contrairement à la Syrie) et francophone (le français reste la seconde langue après l’arabe). En deux décennies de guerre, beaucoup de libanais ont tout perdu. Après, la guerre civile, les attentats, les mines, la guérilla urbaine et les bombardements israéliens, en 1992 Beyrouth et d’autres villes n’étaient plus que des champs de ruines. En vingt ans, l’économie du pays a été littéralement anéantie. Depuis cinq ans, l’économie reprend, les libanais pansent leurs blessures, la société se réorganise et le pays se reconstruit à une allure fulgurante. Malgré les bombes, le Liban demeurera toujours vert et fertile. Le Liban restera la Suisse du monde arabe et sa population une élite. Durant quatre jours nous avons parcouru Sidon, Tyr, Byblos et Tripolis sur la côte, puis Beit-ed-Dine, Moussa et Anjar.

Mais les deux must sont évidemment Beyrouth capitale meurtrie et Baalbeck dans la verte plaine de la Bekaa. Semblable à une ville du tiers monde, à la fin de la guerre en 92, Beyrouth ressemble maintenant plutôt à un Manhattan désorganisé. C’est une jungle de gratte-ciel! Mais par endroits, on aperçoit encore quelques buildings effondrés, écrasés sous les bombardements israéliens. Tous les immeubles qui ont résisté aux massacres sont en cour de réhabilitations. Immeubles de bureaux comme d’habitations, ils ont tous été le théâtre de la guérilla urbaine, ils sont tous défenestrés et incrustés de balles (comme des cakes aux fruits confits)! Il reste même parfois quelques mines anti-personnelles bien dissimulées. Baalbeck fut un site phénicien, grec puis romain. Je n’ai jamais vu des colonnes de temple d’un tel diamètre ni de si gros blocs de pierre. Un véritable travail de romain, comme on dit. A côté, le parthénon d’Athènes ne fait pas le poids. On peut y trouver la plus grosse pierre jamais taillée par l’homme: 1000 tonnes soit 20m´5m´5m. De quoi couper le souffle aux égyptiens. Dans un temple, on trouve même des plafonds et toitures encore en place.

 

La Syrie (nord)

28 Juillet 1997:retour en Syrie.

Après un court passage à Damas, nous partions pour l’oasis de Palmyre, en direction de la Mésopotamie (Irak). C’est une gigantesque tache verte dans le désert de l’est syrien. Le mirage de Palmyre est surtout réputé aux quatre coins du monde pour cette ville, aux constructions fabuleuses, qu’établirent les Romains et qui fut la capitale de la reine Zénobie. Nous avons commencé la visite en début d’après-midi, il faisait 51°C. Après avoir exploré les palmerais et leurs sources d’eau minérale, nous partions pour cinq heures d’archéologie au milieu des regs et dunes de sable jusqu’au coucher du soleil.

 

 

Nous sommes partis le lendemain pour le fabuleux Krak des Chevaliers. Du haut de son éperon rocheux la plus gigantesque des constructions croisées du Proche-Orient monte la garde depuis plus de neuf siècles. Durant les trois derniers jours nous avons parcouru Tartous, Lattakié, Ugarit et le château de Saladin, sur la côte, puis Hama, Apamée et Alep. A Alep, seconde ville du pays, M’Ahmed acheta deux superbes robes syriennes pour sa mère et sa soeur. Nous allions nous quitter. Il repartait pour Tunis et je prenais un bus direction Antioche en Turquie.

 

Dernières remarques avant de partir au Proche-Orient

 

Dans la tête

Dans les villes syriennes, il est préférable de ne pas avoir l’allure du touriste. Sans quoi vous serez harcelés par des vendeurs en tout genre, refileurs de monnaie vendue au noir ou autres rabatteurs très sympathiques et prêts à vous arnaquer de mille manières. Soyez méfiant et informé. Pour être sûr de ne pas se faire avoir sur tous les prix de la vie quotidienne, il faut se renseigner sur la valeur approximative de chaque chose avant achat et donner le moins possible l’air du touriste naïf qui vient de débarquer. Contrairement à la Turquie, les arabes ont encore la chance de pratiquer une religion; le vol pur et la violence sont quasi-inexistant et l’on est plus en sécurité en Syrie que dans nos pays. En Turquie, par contre, la religion a disparu et au contact des nombreux et riches touristes occidentaux, les villes de la côte turque et surtout Istanbul sont devenues des endroits meurtriers, malsains où règne l’argent et la perversion sexuelle. La Turquie c’est une véritable école de la méfiance et du marchandage. C’est un remède pour les tempéraments naïfs ou pour ceux qui veulent attraper la bosse du commerce. A l’inverse, Les arabes de Jordanie, de Palestine et du Liban sont totalement différents, ainsi que les Syriens et Turques non contaminés par le laïcisme et l’argent. Je n’ai jamais vu plus gentil, plus accueillant et plus aimable que ces gens là. Ils ont toujours du temps à vous consacrer, du thé à vous offrir ou des choses agréables à vous dire. Une fois, un jordanien, mille fois plus pauvre que nous, nous a offert un repas et des tickets de bus. Une autre fois, un kurde de Turquie m’a hébergé et offert deux repas. Et c’est impoli de refuser leurs services, leurs invitations ou leurs cadeaux.

 

Dans les poches

Du point de vue financier, la Syrie et la Jordanie sont deux contrées fort peu onéreuses. 70 francs par jours suffisent pour se loger, se nourrir et se déplacer. Cela revient donc moins cher qu’une journée immobile chez soi en France. Le prix de l’avion peut ainsi être remboursé. C’est aussi intéressant en Egypte et au Maghreb, m’a-t-on dit. Au Liban, le niveau de vie y étant plus élevé, il faut donc prévoir un peu plus. Les rares hôtels ayant résisté à la guerre sont cependant très coûteux. Il faut donc prévoir de camper sur la plage ou dans la nature. A Beyrouth, il est possible de squatter dans les ruines des immeubles. Enfin, comme je l’expliquais au début, l’Israël, vous l’avez compris, est bien plus cher. La diaspora juive étant en majorité occidentale, Israël est un petit bout d’Occident en Orient. Les territoires arabes palestiniens sont en revanche bien meilleur marché.

 

Sur la peau

Au Proche-Orient, il est préférable de respecter des convenances vestimentaires: pantalon ou robe longue ample et haut sans décolté. Par pur respect d’autrui et pour ne pas nuire à l’image de marque de notre civilisation occidentale. En effet, au contact des touristes et de nos chaines télévisées, les orientaux ont vite compris que nos seuls dieux étaient le sexe et l’argent. Cela donne par ailleurs aux musulmans, une mauvaise image du christianisme. Enfin, un kéfiéh pour les hommes et un foulard pour les femmes sont de rigueur contre les insolations.

 

Dans le sac

Le Proche-Orient n’est ni froid, ni humide et il ne pleut que très rarement. Deux tenues légères, une paire de sandales et un maillot de bain suffisent pour l’équipement vestimentaire. Un minimum de pharmacie est nécessaire. Si l’on veut faire du camping, il faut prévoir en plus un pull, car les nuits peuvent être fraîches. Mais une tente n’est pas nécessaire, puisqu’il ne pleut pas. Enfin, le tapis de sol non plus n’a aucun intérêt; il y a toujours du sable pas loin. un simple drap posé parterre évitera de se retrouver narines et cheveux ensablés au petit matin. En fin de compte, le plus lourd, ce sont les guides touristiques (un voire deux par pays). L’idéal est de prendre un guide pratique (genre guide du routard) et un guide culturel (genre guide bleu). En somme, un tout petit sac à dos suffit. Le mien ne pesait que 2,5 kg + mon appareil photo en bandoulière, pour trois mois de voyages dans sept pays.

 

 

2 Août 1997: Antioche, Turquie.Ce sera l’objet de notre 2ème épisode dans le prochain numéro de CUCUMBER !!!

Entre Orient et Occident 2ème épisode : “Retour à l’ouest”

Louis parviendra-t-il au terme de son voyage ???

Turquie: Pourra-t-il traverser la Cappadoce, les grandes villes d’Anatolie, la côte Egéenne et Turquoise, les sites hittites, Aphrodisias, ou les délirantes vasques de Pamukkale ? Retournera-t-il en Europe par le Bosphore et les Dardanelles ? Survivra-t-il à l’ambiance d’Istanbul cinq jours durant ?

Grèce: Parcourera-t-il la Grèce continentale, le péloponèse, la Crète, Rhodes, les îles des Cyclades, Athènes ?

Italie du sud: Parvindra-t-il à rejoindre la Sicile, l’Etna, le golfe de Naples, le Vésuve et Pompéï ? Reverra-t-il un jour sa douce France ???

 

 

Louis de Varax