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Musique

Miossec

Avec deux albums à son actif « Boire » et « Baiser » , Miossec, le groupe, conforte le nouvel élan de la chanson française aux consonances toutefois très rock. A l’instar de Bashung, Noir Désir, ou Dominique A, Miossec prouve que la chanson française réaliste n’est pas morte bottant le cul aux bandes de garçons d’un folklore venu de nulle part...

A 33 ans il se révèle comme l’anti-beauf dans toute son excellence. Il est le trousseur jovial qui prend la vie avant qu’elle ne le rattrape. Ses grands yeux transparents ont passé leur temps à aller voir ailleurs : un pied dans le journalisme, où il a rapidement fait figure d’incontrôlable, proposant à Ouest-France des grandes séries d’articles sur les bas-fonds de Brest. La rue de Siam, les bistrots, les baraques à frites, les magouilles de ces mondes peuplés de cloches et d’entraîneuses. Puis les boulots précaires : scribouillard pour City Magazine, peintre en bâtiment, vendeur-livreur pour Hachette, plume-éclair chez Gallimard, qui n’a pas souhaité conserver cet original, et concepteur-rédacteur à TF1 pendant deux ans et demi, où il « était payé à rien foutre ». Allergique au train-train de la vie de bureau, il échappe à la déprime en larguant les amarres : il se met au chômage et bosse la musique en solitaire avec l’aide matérielle de papa-maman. Pas spécialement courageux dans la vie, Christophe Miossec a au moins eu « cette capacité de tout larguer lorsqu’il en a eu assez ». Rivé à ce principe de fuyard tordu, il fait la nique à son premier opus, « Boire », dont les textes, dit-il, versaient trop dans le maniérisme souffreteux, au point que colle aujourd’hui à sa peau la réputation d’un poète maudit.

S’il a mal supporté le côté pleurnichard de « Boire », on garde encore en mémoire les bleus à l’âme de « regarde un peu la France » ou de « crachons veux-tu bien », deux chansons coup de poing que la bande FM n’avait pu que snober. Car il n’est pas propret, Miossec. Il aurait fait de l’ombre aux chanteurs gnangnan satisfaits de la vie et heureux de le dire. Car Miossec préfère dire le trouble, pointer les douleurs, décortiquer le mal au bide. Ne pas dire je t’aime comme on ponctue une phrase, mais considérer sans cesse le danger et articuler les mots tendresse, passion et fusion avec une lame de rasoir sur la langue. Miossec est avant tout un chanteur de la conséquence...

Miossec ne peut blairer la facilité du beau, du propre. Il porte la plume dans la plaie. « Baiser » en est le reflet. Moins écrit plus direct et plus cru, il est la délivrance d’entendre que les catastrophes de l’amour et les malaises étourdissants du manque sont partagés par d’autres.

Alors au détour d’une escapade dans un fourbi lyonnais, passez voir Miossec en live. Peut-être vous payera-t-il une bière puis vous dira qu’il en a rien a foutre de vous. Vous reconnaîtrez ainsi, le petit gars venu du pays breton, provocateur et naturel, ne se cachant derrière aucun artifice.

J.R.