GERARDMER 98

Neige et Froid au rendez-vous
POUR Une Compétition renaissante

pour des raisons indépendantes de notre volonté, les photos correspondantes à cet article ne sont provisoirement pas disponibles

Fin janvier de chaque année, les amateurs de cinéma fantastique se donnent rendez-vous au cœur des Vosges, dans la charmante ville de Gerardmer. Héritier de feu le festival d’Avoriaz, et rebaptisé FANTASTIC’ARTS, puisqu’il regroupe aujourd’hui différentes sections compétitives (cinéma, vidéo, clips musicaux), l’événement vosgiens du début d’année semble avoir eu quelques mal à s’imposer au niveau national.

En ce cinquième anniversaire, force est de constater que la qualité de la compétition cinématographique et la proximité des invités et membres du jury redonnent à une formule appréciée du public, une place, mise à mal l’an dernier.

Avant-premières : la panne de gros morceaux

On ne peut pas dire que cette année fut un excellent cru au niveau des grosses avant-premières, quelques uns des films espérés, tels que Vampires de Carpenter, pourtant annoncé, ne furent pas au rendez-vous. Et pour ceux qui avaient finalement fait le déplacement, la déception fut parfois rude.

Commençons par l’ouverture et ici par le plus mauvais : le film signé du scénariste de Scream, dans la lignée d’un Vendredi 13 n°20, Souviens toi l’été dernier, navet parmi les navets. Aucune frayeur, juste une scène assez drôle où le tueur transporte sa victime avec un crochet, telle un pack de bière… Passons!

Précédé d’une bonne rumeur venue d’outre atlantique, Le Témoin du mal (Fallen), avec Denzel Washington, fut également source d’abattement, le principe de départ plutôt intriguant (l’esprit du mal passe de corps en corps par simple contact physique) devennant vite ennuyeux, pour cause de répétitivité. La fin téléphonée que le spectateur le plus ahuri aura senti venir presque dès le départ, ne répare rien.

L’événement de ce festival fut certainement la projection du très attendu Scream 2, projection qui provoqua quelques remous à l’entrée de la salle en ce samedi soir. Une suite au chef d’œuvre primé l’an dernier qui s’inscrit malheureusement trop dans une logique commerciale. Même si l’on prend du plaisir aux scènettes sanglantes plutôt bien menées et à la dérision vis à vis des principes de ‘sequels’ (suites), on regrettera le manque assez net de frisson (à part peut-être lors de la scène de la voiture). La peur est en effet l’élément de grande différence entre les deux opus, d’autant plus qu’il est quasi impossible de deviner qui commet les meurtres cette fois-ci. Dommage.

Rien à signaler du côté des Space truckers (camionneurs de l’espace), si ce ne sont quelques décors délirant. Difficile cependant de juger un film projeté intégralement en anglais non sous-titré. Sa sortie en salles n’est de toutes façons pas prévue.

Je terminerai cette rubrique avec un film asiatique malheureusement directement sorti en vidéo (à la vente). Black Mask est une sorte de James Bond survitaminé et machiste qui ferait presque regretter de ne pas voir sur nos écrans certains films de kung-fu venus des pays orientaux.

Une Compétition au Top

On passera rapidement sur le manga de l’année (Black Jack), histoire écolo peu convaincante et sur la grosse machine américaine Event Horizon : le vaisseau de l’au-delà, sorte de Sphere dans l’espace (au lieu de sous l'eau) en encore plus déroutant et dont la fin vire au grand guignol, pour s’attarder un peu plus sur des productions plus captivantes.

Parmi les étrangeté de cette sélection, Moebius, où une rame de métro disparaît subitement. Réflexion philosophique et mathématique autour du mouvement perpétuel pour ce petit film argentin aux moyens très limités. Autre œuvre à part The Ugly, raconte l’histoire d’un tueur et de ses rapports avec une psychologue. Troublant et formidablement interprété, le film a été ici bien accueilli et devrait sortir en salle durant l'été. Dans un genre inattendu ici, baignant de poésie, Forever (Fotographing Fairies) a obtenu le prix du jury. Partant d’une photo existante montrant des fées flottant dans les airs autour d’une fontaine située dans la campagne anglaise, ce film, esthétiquement irréprochable, tisse une histoire passionnelle captivante quoi qu’un peu simple sous certaisn aspects, autour d'un couple composé d'un photographe et d'une jeune femme... décédée.

Le Grand prix et le prix du public sont allé cette année au même film : Le Loup Garou de Paris, de Anthony Waller, déjà primé ici pour l’excellent Témoin Muet il y a deux ans. Rythme soutenu et "coups sur la tête" (le héros n'en fini pas de se cogner et de se faire cogner) font les dominantes d’un film où l’on rit beaucoup, que ce soit des situations surnaturelles du héros (le décalage est toujours efficace), que des effets spéciaux bon marché ou encore de l’accent à couper au couteau des acteurs français (Julie Delpy ou Pierre Cosso pour ne citer que les loups...)! Un bon moment tout de même.

Stephen King était aussi de la fête avec son Rapace Nocturne, intelligente parabole sur les excès du journalisme, film qui cependant tire un peu en longueur, le fait que le scénario soit issu d'une nouvelle et non d'un roman y étant sûrement pour quelque chose.

On terminera sur le film réellement marquant de cette sélection (prix du jury également) : Gattaca, devenu depuis Bienvenue à Gattaca, qui sort le 29 avril en salles. Cette histoire d’un homme condamné par ses gênes à un avenir social inexistant (il est invalide car de naissance naturelle) et qui prend la place d’un autre (valide celui-ci mais accidenté ayant perdu l'usage de ses jambes) pour réaliser ses rêves restera longtemps dans les mémoires. Formidable film d'anticipation sur l’avenir génétique de l’être humain, le film revêt en plus des qualités esthétiques innombrables (voir générique de début en filtre bleu) et vous emporte nonchalamment dans un suspens limite insoutenable. Un coup de maître pour un premier film.

Coup d’œil sur les autres sélections :

Du changement dans la Vidéo :
La compétition vidéo, jusque là soumise à un jury, a cette année été récompensée par le public. Une bonne initiative, car il faut dire que les sélections précédentes relevaient souvent de l’immontrable. Cette année fut sans doute l’une des meilleures depuis la création du festival, avec notamment Shadow men, sorte de copie den série B de Men in Black non dénuée d’intérêt, et surtout, comme chaque année, le nouvel opus des X-Files, avec Redux (dossier 9): jubilatoire !

Côté Courts métrages :
Déception autour de la sélection des courts métrage, notamment avec le premier court de Denis Parent, où Philippe Dana prouve qu’il est un bien piètre acteur… A signaler tout de même l’hilarant La vache qui voulait sauter par dessus l’église.


Alors, si le coeur vous en dit, rendez-vous l'année prochaine pour la sixième édition, en espérant une floppée de gros morceaux et quelques trouvailles captivantes...

Olivier BACHELARD