Chroniques

 

The Ex Starters Alternators (Touch and Go)
Déjà 20 ans que The Ex existe ce groupe est un peu maintenant le symbole d’un certain activisme underground et du succès d’estime. Rien n’a changé dans leur démarche depuis le début, depuis les squats d’Amsterdam. Toujours aussi intègres, engagés et indépendants : leur nouvel album sort sur Ex Records pour les Pays-Bas. Seules nouveautés : c’est Touch and Go, le label indépendant US ( Big Black, Shellac, Jesus Lizard, Slint, Tar, Blonde Red Head... ) qui est chargé de la distribution de l’album aux Etats Unis et dans le reste de l’Europe et c’est Steve Albini, qui est, paraît-il, un fan du groupe, aux manettes. Et cela donne des morceaux lancinants, écorchés, portés par une rythmique répétitive et obsessionnelle, presque dansante, laissant les deux guitares au son douloureux se distordre, crisser, partir ça et là, divaguer pour quelque fois tout casser, jouer avec nos nerfs et notre sensibilité. Cela donne quelque chose de flatteur et de malsain à la fois, un peu aigre doux. L’alternance des 2 voix, féminine ou masculine vient renforcer cette impression.
Après 2 excellents albums avec le violoncelliste Tom Cora ( aujourd’hui décédé ) et Mudbird shivers en 95, il a fallu attendre presque 4 ans avant d’avoir leur véritable nouvel album entre les mains. Mais finalement, on a bien fait d’attendre. Les fans ne seront pas déçus.

Beb

Guapo Hirohito (Pandemonium)
Face à l’hypocrisie d’une scène britpop qui se mord la queue, les groupes anglais intéressants se comptent sur les doigts de la main. Parmi ceux–ci, il y a Guapo, qui suit son propre chemin à l’écart des sentiers battus. Après trois EP de noise épileptique et maladive qui rappellent un peu la scène noise US ou encore les excellents Headcleaner, de Londres également, ils se sont mis à concocter une sauce un peu différente et plus personnelle. Après un premier album surprenant intitulé Towers Open Fire, voici Hirohito dans lequel ils nous montrent le résultat de leurs petites expériences. Et on a de quoi être surpris. Ce qui frappe le plus, c’est l’absence d’autocensure de ce groupe. Rien n’est trop osé, rien n’est trop fou pour eux et tant pis s’il ne reste plus grand monde après écoute de leur album. Prenez des samples, tirés de bandes sons de films, d’annonces publicxitaires ou de chants traditionnels japonais, et superposez leur une rythmique ciselée et une guitare répétant inlassablement des riffs à la Helmet avec de petites digressions bruitistes et expérimentales. On obtient un subtil collage, coloré et émouvant fait de chaud et de froid, totalement dépaysant, empreint d’humour et d’un ( petit ) grain de folie. Quand on sait qu’ils ont assuré la première partie de la tournée des Ruins cet automne, on comprend mieux.
Cet album est disponible chez Pandemonium ( comme le nouveau Ruins d’ailleurs ), label Marseillais, faut il le rappeler, qui n’arrêtera donc jamais de nous surprendre.
L’avenir de la musique se trouve chez de tels groupes, sans prétention et sans complexes. Osons !

Beb

Compilation Kaiser Cabinet ( Nova Express )
Voilà une compile qui va faire du bruit ! Trois groupes, soit quinze titres en tout, enregistrés au Kaiser Studio.
Premier groupe, Shub, qui nous balance là sans vergogne 8 titres ( presqu’un album entier ) de pop rock noisy digne de groupes comme Pavement. Des mélodies dont on n’arrive pas à se défaire et ce petit côté bancal, artisanal qui donne un petit pincement au cœur, qui montre que ces titres ont été composés, modestement, avec amour et passion pour le plus grand bonheur de nos oreilles...
Ensuite, les régionaux de l’étape, les Bananas at the audience qui nous servent là cinq titres de noise hardcore assez complexe, méticuleusement déconstruit et reconstruit, avec une voix qui semble porter à elle seule tous les maux du monde. On sent l’influence de Fugazi et consorts, mais aussi une réelle envie de s’en démarquer et une réelle personnalité. A suivre. A noter qu’ils ont assuré la première partie de No Means No au Pez Ner en novembre, en remplacement des Sleeppers...
Enfin, pour couronner le tout, Mary Dress qui joue là un noise rock fortement inspiré par Sonic Youth et qui fait virevolter des guitares imprévisibles à vocation bruitiste, sans pour autant perdre de vue une ligne directrice plutôt pop. A signaler une savoureuse reprise de Video killed the radio stars !
Bref, le Kaiser studio nous fait découvrir là 3 groupes très prometteurs sur un format assez original et intéressant ( c’est effectivement mieux pour les groupes que de sortir chacun un mini–album séparément ). A suivre.

Beb

The Notwist Shrink ( Vicious Circle ) / Patton Love Boat ( Prohibited )
Voilà deux groupes qui jouent un peu dans la même catégorie. Tous deux sont étrangers quoique signés sur un label français et ils s’essaient tous les deux au mariage du rock et du jazz. Cela donne deux albums très intéressants et totalement différents.

Le premier des deux est signé The Notwist, groupe allemand qui fait actuellement l’unanimité dans la presse française ( Rage, Abus, Magic... ). Alors, hop, un petit coup dans la platine et voyons voir cela. Eh bien, on obtient effectivement un album métissé où une pop plutôt classique enrichie de samples et de machines se laisse aller à des digressions jazzy. Mais ces dernières, si elles donnent lieu à des morceaux totalement géniaux ( Moron ou N.L. ), se font peut-être quand même trop rares : on en voudrait peut-être encore plus... Mais bon, on ne va pas faire la fine bouche, cet album est largement au-dessus du niveau d’un paquet de sorties actuelles. En témoignent des morceaux comme Another Planet ou 0-4. Et cela ne nous étonne plus de la part de Vicious Circle qui, avec ce groupe, vient jouer dans une catégorie un peu plus paisible que d’habitude.

Moins médiatisé, le premier album des Belges de Patton, nous offre quelque chose de plus complexe, fortement inspiré du jazz pour les structures des morceaux et avec une guitare aventureuse au son écorché, rappelant ainsi d’autres groupes du label parisien comme Prohibition ou Purr ( qui s’est séparé récemment pour notre plus grand malheur ). Patton s’essaie à un exercice peu commun, expérimente pour notre plus grand plaisir et nous livre des morceaux sombres, bancales, déconstruits qui nous échappent au moment où l’on pense les avoir apprivoisés. Ce groupe laisse libre cours à sa créativité, à ses sentiments et nous emmène rêvasser sur son chemin parsemé d’embûches. Si les albums de Prohibition, Sabot ou encore des Ruins font partie de vos disques de chevet, alors celui-là le deviendra certainement...

Deux albums en tout cas qui montrent que le rock et le jazz n’ont pas des démarches si éloignées que cela et que l’Europe est loin de faire peur aux labels français. A bon entendeur...

Beb