Deauville 98

GAYTITUDE

 

Plus qu’une mode, le film gay que l’on croyait définitivement enlisé dans un genre comico-amical (Jeffrey, Relax it’s just sex, Love !Valour !Compassion !…) a démontré cette année à Deauville qu’il pouvait sortir d’un cantonnement idéologique et inesthétique, balayant au passage toute une étendue de situations encore peu exploitées.

Si la tendance, à travers les scénarios, est tout de même nettement au virage de cuti, le traitement de chacun des films présentés était certainement l’intérêt principal de chacune de ces productions, pas toujours si indépendantes. Nous vous proposons ainsi un petit tour au pays du film gay.

Difficile de dire exactement à quand remonte le début de cette vague de films gay, qui, inexorablement, déferle sur les festivals et, dans une moindre mesure sur les écransfrançais. Pour répondre à cette question, il faut tenter de caractériser l’ensemble des films actuels traitant du sujet. Malgré quelques cas subsistant, on est loin aujourd’hui des caricatures – folles tordues de " La cage aux folles " (pourtant irrésistible) ou de " Pédale douce " (déjà moins – irrésistible). Après un film culte en 87 quelque peu à part en le " Maurice " de Forster, finement adapté par Ivory qui l’a intelligemment dépouillé de ses aspects politiquement incorrects (gestes déplacés envers un jeune hétéro), le cinéma homo prend tout son essort au début des années 90.

Des films comme " Torch Song Trilogy " ou " Un compagnon de longue date ", présentant pour une fois des groupes d’amis homos aux prises, non seulement avec le regard accusateur de la société, mais aussi avec leurs problèmes quotidiens, et notamment ceux liés au couple et au SIDA. Ces films, montrant l'homosexualité sous des visages plus ou moins favorables (Bezness...), resteront cependant des oeuvres de confidentialité.

Le grand tournant se fera grâce à deux films à grande audience, ouvrant une brèche quasi-définitive: Philadelphia de Jonathan Demme, plus axé sur la maladie que sur le couple masculin formé par Tom Hanks et Antonio Banderas, et Priscilla Folle du Désert, ode gay à la musique disco. Une culture gay est née, ou plutôt reconnue, et bon nombre de films vont suivre, avec plus ou moins de réussite.

On notera, au milieu de la vague de ces dernières, le caractère plus optimiste et enjoué des productions américaines (Jeffrey, Relax it's just sex...) face à la déprime des français (Les corps Ouverts, Le traité du hasard...). Puisque ce sont les films américains qui nous intéressent ici, on remarquera la recrudescence des films "de copains", déjà remarquée l'an dernier avec Love! Valour! Compassion!.

Cette année, à Deauville, le cinéma gay, sans perdre de sa verve ni de son caractère positif, s'est recentré sur des personnages particuliers, analysant le rapport à l'être aimé et surtout le "virage de cutie". Ainsi, Billy, photographe de son état, perd la tête pour un model dans "Billy's Hollywood Screen Kiss" et nous fait partager ses pensées et fantasmes. Dans "High Art", Ally Sheedy, photographe également (c'est une manie chez les homos?!) séduit une jeune rédactrice, elle même en ménage avec un homme. Encore, dans "The Opposite of sex", Christina Ricci s'évertuait à faire changer de bord le petit ami de... son frère! Enfin, dans "l'objet de mon affection" c'est Jennifer Aniston qui eut éleer son enfant avec un homo qui s'avèrera plus intéressé par un certain Paul.

Je terminerai cet article sur un film en dehors de la mouvance optimiste décrite précédemment, mais néanmoins remarquable. "Gods and Monsters" relate les derniers jours d'un cinéaste des années 30 qui s'amourache de son éphèbe de jardinier. A la fois décalé et esthétisant, cette chronique d'apparence anodine s'avère en définitive redoutablement émouante, touchant pour une fois à une autre question: comment vieillir gay, et seul?