Une compétition en mode mineur
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Si lédition 99 du Festival International du Film reste
dans les mémoires, ce sera certainement pour les déceptions
quelle aura amenée, tout au long de sa compétition,
chaque voyant un grand réalisateur, ou un film attendu se
recevoir un accueil mitigé ou même une volée de bois vert.
Au rayon grandes déceptions, on notera le Limbo, film hybride,
entre grand spectacle aux grands espaces, grands sentiments,
grandes aventures, et film psychologique à la tension soutenue,
mais dont la conclusion en forme de queue de poisson, laisse
pantois. On sort du film avec létrange impression
quil na jamais véritablement commencé, et on se dit
que cette histoire de naufragés est en définitve plus que
boîteuse, pour un film de lexcellent scénariste
quest pourtant John Sayles. Le film de Carax, Pola X,
attendu au tournant depuis sa sélection préventive à
lautomne dernier, fut le premier film en compétition, et
donc le premier à écoper des sifflets du public de la grande
salle. Pour le réalisateur, le monde est noir, à tel point
quil ne peut sempêcher de détruire la moindre note
despoir. Malgré quelques plans captivants (le rocher en
surplomb, les volets...), et une musique envoûtante,
lennui est rapidement là, et il est tenace. Question
ennui, le champion des champion fut cette année Le Temps
retrouvé de Raoul Ruiz, une fresque immobile tournée au
ralenti, qui, malgré une distribution éclatante (Deneuve,
Perez, Béart...) ne parvient pas à intéresser plus dun
quart dheure tellement toute émotion a été gommée.
Cest peu, surtout pour un film de plus de 2h30.
Parmi les moindres déceptions, la fresque chinoise
Lempereur et lassassin, aux images superbes et à
laction intense sur le papier, donne lieu à un récit de
3h, dune lenteur totalement injustifiée. Le Voyage de
Felicia, lun des favoris, puisque son réalisateur, Atom
Egoyan, avait obtenu le Grand Prix avec son film précédant,
reste finalement une uvre trop sage et trop peu empreinte
de mystère pour valoir à son auteur une distinction
particulière, même si lon découvre à ce grand canadien,
un humour certain, et bien plus accessible que par le passé.
Côté mexicain, Ripstein nous assome, avec Pas de lettre pour le
Colonel. Distinguons cependant linterprétation de Marisa
Paredes. Enfin, le tant attendu nouveau Kitano, Lété de
Kikujiro affirme un changement de cap du réalisateur japonais,
vers la chronique et la comédie. Si lhumour est resté le
même, réussi dans ses moments visuels, bien plus que dans ses
moments écrits, la violence sourde manque.
Comme chaque année, nous avons retrouvé "les habitués du
chiant" Oliveira, Bellochio, les taïwanais, mais cette
année, le roi était absent (Hou Hsiao Hsien)... La lettre, chef
d'oeuvre selon les Cahiers, donne à Chiara Mastroianni son rôle
le plus mauvais depuis le début de sa tute jeune carrère, de
quoi s'interroger sur les talents de directeur d'acteurs de
Oliveira... Quant à Bellochio, il ne sort pas du pompeux et de
l'ampoulé avec une histoire de nanny, en costume.
Heureusement, Cannes, c'est aussi le lieu de toutes les
surprises. Elles arrivent généralement des films que l'ont
attend pas, ou peu. Ce fut le cas pour le film de Jacques
Maillot, Nos vies heureuses, premier véritable pamphlet contre
les intolérances sexuelles et raciales qui parvient à faire
ressentir le quotidien des sans-papiers. Pour qui n'est pas
initié, la claque sera rude! L'Humanité de Bruno Dumont, tient
plus de l' OVNI que de la vrai révélation. Pharaon de Winter,
policier, y porte toute la misère de la terre, et; malgré
quelques longueurs et une incompréhension voulue de l'intrigue,
le charme prend, pour peu que l'on se laisse aller à croire...
Oui, mais à croire à quoi?
Enfin, cette année, les quelques perles furent bien rares:
Hormis le consensuel et drôle Almodovar, ce sont Ghost Dog et
Une Histoire Vrai qui apparaissent comme sortant du lot.
L'histoire d'un tueur à la vie régie par le code de conduite
des samouraï, et celle d'un vieil homme qui parcoure 700km sur
une tondeuse pour rendre visite à son frère malade restent les
deux récits les plus cohérents et touchants de la compétition.
Point commun: une superbe musique, à acheter tout de suite en
sortant de la salle (à l'automne)!
Parmi les thèmes récurrents de l'édition 99, les
problèmes de société (pauvreté, inceste, vie de couple, sans
papiers...), toujours la pédophilie, l'inceste, l'homosexualité
(thèmes chers à nos petits français), et finalement peu de
place pour le rêve et la magie.
Olivier BACHELARD